Quand le 109 ça vaut un bifteck*
 * Forever Pavot (FRA) / The Landscape Tape (FRA) @ Le 109 (Nice), le 20.04.18
Intro : retour Ă un compte-rendu « classique » car j’ai cru comprendre que nos rĂ©centes publications n’avaient pas toujours Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©es (trop court.e.s sans doute) par un lectorat qui veut son compte de protĂ©ines et de gluten. Voici donc une intro copieuse en trois points : un) on est ravis de rallier le 109 pour sa première vĂ©ritable affiche rock de niveau (inter)national : Forever Pavot, dont nous vous avions dĂ©jĂ signalĂ© la grande valeur il y a trois ans (http://altriviera.fr/post/114481603610/interview-demile-sornin-forever-pavot). Deux) le 109 ce n’est pas si loin que ça : c’est en baguenaudant gentiment depuis l’arrĂŞt Vauban qu’on arrive sans coup fĂ©rir aux anciens abattoirs, devisant dans l’air estival de ce vendredi soir. Certes, il n’est pas aisĂ© de se garer dans le quartier - un rĂ©el problème - mais qu’on cesse d’en dĂ©plorer l’éloignement :  d’aucuns sont mĂŞme rentrĂ©s Ă pied jusqu’à Nice Nord ! Le.s Niçois.e.s, si rĂ©ticent.e.s paraĂ®t-il Ă quitter leur centre-ville, le font pourtant sans rechigner quand ils sont en voyage dans des capitales diverses, pour des lieux excentrĂ©s et atypiques offrant une programmation de qualité… Et ils le feront ici aussi, Ă condition que le 109 relève le gant - ce qui semble bien parti avec ce 20 avril. Je passe sur les quelques nuances de graisse Ă©quivoque dont je pourrais enrichir cette intro - comme de petites taches de friture sur une Rolex Ă©tincelante (« oui mais lĂ c’était une soirĂ©e gratuite et on ne comprend rien Ă l’organisation, entre la rĂ©gie de la ville et la buvette de l’Entrepont, et c’est clair par contre que le Volume aurait dĂ» accepter de venir ici, mais pas sĂ»r que le public aurait suivi, tu sais etc »)… Trois) c’est le week-end du Disquaire Day et de la manifestation Mikrosillons, et lĂ je dois ĂŞtre franc avec vous : j’en ai un peu marre des vinyles. D’abord, ils sont faits de 50% de pĂ©trole, ils sont le formica de la musique enregistrĂ©e, et lourds Ă porter quand on dĂ©mĂ©nage. Ensuite, qui possède encore (Ă part peut-ĂŞtre Thibaut et Manu) un bon tourne-disque et une chaĂ®ne haute-fidĂ©litĂ© pour en apprĂ©cier la soit-disant supĂ©rioritĂ© - palette sonore expressive et basses capiteuses ? Soyons honnĂŞte : ils prennent la poussière dans nos rayonnages et tous ceux qui en achètent passent leur temps sur Spotify et Youtube (ça au moins c’est bien). Ils sont donc surfaits, parfois chers - il fallait en acheter avant 2000 - et surtout « vintage » : l’horreur. Pour rien au monde je ne voudrais revenir dans les 70s ou 80s : c’était sinistre, point final. Donc OK pour soutenir les disquaires, mais pas OK pour le reste. Je trouve d’ailleurs qu’on est très injuste envers le pauvre CD - support nĂ©gligĂ© qui m’a fait rĂŞver bien davantage que le vinyle et qui mĂ©riterait, je vous le dis (attention, instant visionnaire) un Disquaire C-Day ou mieux, une Compacte Discussion… Quitte, j’admets, Ă retomber une fois de plus dans l’horrible vintage. Allez, temps mort : j’arrĂŞte les sottises et je presse le pas vers le Frigo 16, dans lequel nous avons mis au frais bon nombre de nos espoirs. Franchement, je veux bien venir jusqu’ici trois fois par semaine pour des soirĂ©es de ce niveau. Â
 The Landscape Tape : en voilà un, de bon groupe ! JC, Cyrille et Didier ont l’air contents, joyeux, pimpants, presque frais. Leur set sera trahi par un volume étonnamment limité - comme un CD sous-produit dans le salon de papa qui ne veut pas gêner la voisine, veuve et acariâtre - mais ces trois quarts d’heure seront parsemés de tubes landscapiens et, en bout de course, d’une ravissante ballade inédite dont je n’ai pas noté le titre. A suivre… Pendant ce temps, les trognes croquignoles - car sorties des 70s - d’Emile Sornin et de ses musiciens circulent dans la salle, préparant un mauvais coup… Dehors, on tombe sur un Hugo V. de plus en plus növö et élégant, qui, de son côté, savoure ma tenue « à fond dans les 90s » agrémentée d’un large tricot de corps blanc de la marque Trap Lord : auto-congratulations.
 Forever Pavot : sensation de cette soirée, ce groupe propose un rock psyché pointu et son deuxième album La Pantoufle ambitionne une reconnaissance plus large à travers des morceaux en Français aux ambiances cinématographiques typiques des années Giscard (& the Lizard Wizard). Il y a trois ans, à Toulon, j’avais été impressionné par la restitution sur scène du CD (héhé) Rhapsode, entre surf-music, psyché turc, funk et envolées épiques façon Morricone ou Gainsbourg. Ce soir, c’est tout excités que nous nous pressons au bord de la scène, jouant des coudes avec Emma, Julie, JB et Anton. Dès l’intro, Émile Sornin et son quatuor impressionnent avec des orgues survoltées et ambitieuses, avant de sidérer sur un Beefteak jazz-prog qui doit susciter l’admiration (minimum) de bien des musiciens, logiquement ébahis devant un tel travail. La Soupe à la grolle achève de nous ratiboiser/transfigurer avec son élan qui doit autant à Jean-Claude Vannier qu’à François de Roubaix. Les FP jouent avec un plaisir visible et comme des furieux un répertoire dont ils peuvent s’enorgueillir : on retrouve ici la débauche d’énergie et la simplicité des jazzmen (on sent qu’ils jouent au maximum de leurs capacités, c’est rare en pop), avec en prime les interventions modestes et enjouées d’Émile Sornin, qui font pendant à la folie douce de ses paroles. Les standards tout frais s’empilent donc, avec notamment cette Pantoufle est dans le puits au fond duquel chaque partie brille (le guitariste est content d’user et abuser d’une wah-wah particulièrement idoine). Au hasard d’un échange d’instruments, Émile nous rappelle sur je ne sais plus quel titre qu’il est batteur de formation, par ailleurs tous sont d’excellents techniciens, flûtiste compris. Il faut aussi leur reconnaître un sens du groove assez dément. Le public, connaisseur, est vite déchaîné, et le rappel exigé sera plantureux, quasi-gargantuesque, ne lambinant un peu que pour repartir toujours de plus belle. Le stand de marchandise sera durablement bondé, logique. D’aucun.e.s n’auront pas été emporté.e.s par ces ambiances un peu trop « antiquités-brocante » (toujours ce fameux vintage), un peu « film du dimanche soir avec Belmondo », quand d’autres auront justement adoré ça … Certain.e.s , épris du premier album et de son « beau bizarre » tous azimuts, déplorent ici une trop grande uniformité de ton(s).  De notre côté, tout en notant les points précédents, et s’il y avait un sérieux bémol à signaler, ce serait ce côté obstinément rétro, presqu’enclos, et ces modèles prestigieux qui exigeraient une formation véritablement virtuose… Mais là , c’est vraiment parce qu’Alt_Riviera doit maintenir sa réputation de casse-pieds, parce que, sincèrement, si le 109 nous concocte une programmation de ce niveau, je m’abonne d’ores et déjà et je viens systématiquement revêtu d’un costume à pattes d’eph en tergal !
Texte : Arnauld H.
Photo : Julien Griffaud











