J'ai mal au cou. J'ai mal au cœur.
Tout me semble tordu en moi.
Dans l'âme rampe une langueur
Étouffant sans pitié ma voix.
Je lâche un long soupir montant
Tel l’encens en quête de Ciel.
Mes espoirs se dissipent dans
Des nuages artificiels.
Dans la fumée des industries
Se perdent mes yeux solitaires.
Dès que prend son envol l'esprit,
Le sol l'arrache aux bras de l'air.
Ma pensée, autrefois légère,
Sent peser pluies de muets pleurs.
La voilà chargée de tonnerre,
Porteuse d’éclairs et noirceur.
Mes désirs deviennent énormes
Mais vagues comme les nuées.
Dès que j’en devine la forme,
Ils partent avec la buée.
Ah, que j'envie les oiseaux libres
S'élevant loin de la grisaille!
Là-haut il ne suffit, pour vivre,
Que de l’amour, azur sans failles.
Mais telles les florales gerbes,
Je repose sur des dépouilles.
Les mélancolies, comme l’herbe
Douce et lascive, me chatouillent.
Une heure est un après-midi;
Mourant d'ennui, je gis à terre.
La nuit, je danse à l’étourdie
Dans la lueur des lampadaires.
Et ne se lève avec le jour
Que le soleil, pas moi du lit.
Quand j’en tombe comme toujours,
Tel le ciel ma face pâlit.
Je ne saute que vers le bas.
Quelle falaise, volontiers,
M’accueillerait, pas après pas,
Sans me donner de coup de pied?
Derrière moi est suspendu
Un brouillard flou tel mon passé.
Mon dos est droit comme un pendu
Que tout le monde a délaissé.
-Poésie: "Saut en langueur", à lire dans "Genèse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme
-Image: "Study of the Hanged Bernardo di Bandino Baroncelli, assassin of Giuliano de Medici", Leonardo da Vinci