JUNKPAGE soutient le combat des intermittents et prĂ©caires et a souhaitĂ© leur offrir un espace de parole dans ses pages.Nous traitons lâactualitĂ© estivale mais de nombreux spectacles, festivals et autres Ă©vĂ©nements culturels seront sans doute perturbĂ©s. Chaque spectateur est concernĂ© et la rĂ©daction vous encourage Ă vous informer.
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Je soutiens cette lutte carâŠ
Jocelyn « Jojoâ» Gallardo, accordĂ©oniste des Hurlements dâLĂ©o
«âLa premiĂšre chose Ă dire, câest que cette rĂ©forme de lâUnedic ne concerne pas que les intermittents. Le Medef en profite pour la faire passer aussi auprĂšs des intĂ©rimaires et des chĂŽmeurs. Quant Ă la proposition de la coordination, elle Ă©tait non seulement plus Ă©conomique, mais plus juste, avec un plafond plus bas, Ă 3 140 euros, et surtout plus protectrice envers les plus prĂ©caires. Les conditions de la nĂ©gociation ont Ă©tĂ© un dĂ©ni de dĂ©mocratie, avec Ă peine un quart des reprĂ©sentants concernĂ©s reçus Ă la table. Cette rĂ©forme est surtout idĂ©ologique, car elle ne permet que 20 millions dâeuros dâĂ©conomies, alors que celle de la coordination faisait Ă©conomiser 100 millions dâeuros. Mais elle protĂ©gerait les plus prĂ©caires. Et le Medef ne veut pas entendre ces arguments, il souhaite seulement toujours plus de flexibilitĂ©.â»
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Vincent Pacifico, chef opĂ©rateur de prises de vue, camĂ©raman, sur des documentaires, de la pub, du sport.Â
«âOn considĂšre que ce qui est proposĂ© ne va pas dans le bon sens. Nous les techniciens, sommes une main-dâĆuvre extrĂȘmement flexible, et nous pouvons avoir des contrats dâune journĂ©e, voire dâune demi-journĂ©e. Cette ultraflexibilitĂ© doit ĂȘtre compensĂ©e et jusquâĂ aujourdâhui, cela nous permettait une certaine stabilitĂ©. Ce qui sâinscrit en filigrane dans ces manifestations, câest aussi la lutte contre le systĂšme des « permittentsâ», ces intermittents permanents qui travaillent notamment depuis des annĂ©es pour des grosses sociĂ©tĂ©s de production de la tĂ©lĂ©vision, Ă©tant acquis que ce sont les Assedics qui les rĂ©munĂšrent en partie. Câest totalement hypocrite.â»
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Catherine Marnas, directrice du Théùtre national de Bordeaux en Aquitaine
«âOn soutient cette lutte car lâaccord nâest pas bon alors que les propositions initiales de la coordination Ă©taient raisonnables, basĂ©es sur la solidaritĂ©, et fidĂšles Ă lâesprit originel. Non seulement cette rĂ©forme ne fait pas faire Ă©normĂ©ment dâĂ©conomies, mais cela devient un systĂšme par capitalisation. Et avancer 5 400 euros comme plafonnement, câest mettre lâopinion contre nous. Qui gagne 5 400 eurosâ? LâĂtat, qui propose de compenser le manque Ă gagner de lâapplication du diffĂ©rĂ© dâindemnidation ne rĂšgle rien. Par ailleurs, jâai confiance dans les membres de la mission* nommĂ©e maintenant pour redĂ©finir le statut des intermittents, mais la non reprĂ©sentation des syndicats et organisations autour de la table (dont la coordination) ainsi que cette discussion aprĂšs signature provoquent le scepticisme de la profession, alors que nombre de propositions nâont jamais Ă©tĂ© Ă©tudiĂ©es auparavant. Ce systĂšme enviĂ© dans le monde entier est trĂšs fragile et peut ĂȘtre sinistrĂ© rapidement.â»
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Hubert Chaperon, comĂ©dien et auteur. Extrait dâun discours lors dâun rassemblement Ă lâappel du CIPG* le 20 juin dernier.
«â[âŠ] Le modĂšle mondial, câest le moins-disantâ! Le moins-disant, câest le moins cherâ! Câest une tendance vers le zĂ©ro. Ăa nâa pas de sens. Mais nos dirigeants sâen foutent, sinon on ne serait jamais arrivĂ© au non-sens du moins-disant culturel, du moins-disant salarial, du moins-disant santĂ©, du moins-disant social. [âŠ]
Mesdames et messieurs les enfumeurs professionnels, la multiplication des attaques auxquelles nous devons faire face confirme que nous sommes bien dans une guerre idĂ©ologique et non Ă©conomique. Le nombre dâinexactitudes et de contrevĂ©ritĂ©s contenues dans votre propagande est telle que nous pensons que vous agissez avec des arriĂšre-pensĂ©es qui cherchent Ă disqualifier le combat que nous menons en faveur des travailleurs pauvres de ce pays. [...]â»
* Comité des Intermittents Précaires de Gironde.
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Renaud Cojo, metteur en scÚne, acteur, auteur, Cie Ouvre le chien.
« Cette crise de lâintermittence a pour mĂ©rite de relever les Ă©normes contradictions de nos pratiques. Le sens du geste au plateau, de lâessence mĂȘme du travail dâartiste comme agitateur, a enfin franchi les limites du théùtre. De la contemplation de sa passivitĂ© dans les salles, il est devenu actif au cĆur de la sociĂ©tĂ©. Lâintermittent ne revendique plus seulement lâaccompagnement de sa prĂ©caritĂ©, mais la pose Ă prĂ©sent et sincĂšrement pour chacun.
Dans mon cas, quand on dort, mange, conduit et fait ses courses avec un projet en tĂȘte, comment voulez-vous parler dâintermittenceâ? La vie nâest pas intermittente.
De maniĂšre plus critique, je pense que tout sâest brisĂ© le jour oĂč lâon a retirĂ© lâart sur les plateaux pour amener coĂ»te que coĂ»te des gens dans des théùtres.â»
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JoĂ«l Brouch, directeur de lâOara, Office artistique de la RĂ©gion Aquitaine
«âJe suis naturellement solidaire de la lutte que mĂšnent les intermittents, car, sans ce rĂ©gime unique au monde, tout lâĂ©cosystĂšme artistique français sâĂ©croule.
DĂ©jĂ fragilisĂ©s par la baisse continue des subventions publiques et des recettes au guichet, qui stagnent quand elles ne diminuent pas, nous ne pouvons pas accepter une rĂ©vision du rĂ©gime de lâintermittence sur la seule base dâĂ©conomies Ă rĂ©aliser, de surcroĂźt injustement rĂ©parties. Et nous ne pouvons admettre le statu quo comme rĂ©ponse satisfaisante.
On ne sortira de ce problĂšme, qui ne date pas dâaujourdâhui, quâen repensant globalement nos politiques culturelles et leurs fondations Ă©conomiques. Il ne faut donc pas donner les clĂ©s au Medef, mais engager la responsabilitĂ© de tous les acteurs de la culture. La rĂ©forme des collectivitĂ©s territoriales doit ĂȘtre le point de dĂ©part dâune nouvelle ambition pour la culture. On a trouvĂ© 50 milliards dâeuros pour un choc de compĂ©titivitĂ©, jâen souhaite un seul pour un choc de crĂ©ativitĂ©â!â»
Pour mieux comprendre le statut des intermittents et les dĂ©bats en cours, 4 vidĂ©os «Ripostes» sont disponibles sur internet et les rĂ©seaux.Â