"Je m'étonnais de constater qu'en définitive on s'habituait à n'importe quelle situation, quitte à en subir les effets plus tard quand les nerfs lâchent et que le souvenir ronge."
René-Victor Pilhes - L'imprécateur
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"Je m'étonnais de constater qu'en définitive on s'habituait à n'importe quelle situation, quitte à en subir les effets plus tard quand les nerfs lâchent et que le souvenir ronge."
René-Victor Pilhes - L'imprécateur

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Dans les gestes qui conduisent aux habitudes, sommes-nous tous les mimes inconscients de notre réalité ?
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(Dans la portée des ombres, extrait)
© Pierre Cressant
(jeudi 20 octobre 2005)
Le Mont des Cats (=chats) est un de nos refuges. Nous y étions pour la brocante annuelle (toute petite cette année...), pour une planche de fromages et une bière de l'abbaye à l'auberge avant d'attaquer la randonnée autour du Monastère... Moment sacré.
Ils ont pleuré un peu mais ils ont fini par s'y habituer. L'homme s'habitue à tout, le lâche.
Fiodor Dostoïevski (L'Idiot, 1868)
L'influence anesthésiante de l'habitude ayant cessé, je me mettais à penser, à sentir, choses si tristes.
Du côté de chez Swann, Marcel Proust

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Aucun de nous deux n’est heureux mais aucun de nous ne veut partir alors nous continuons de nous briser et d’appeler cela de l’amour
Rupi Kaur, Lait et miel (Milk and honey)
Smooth Sailing (2/6)
A lire avec : Roll the bones
Il est vrai que partir requiert de concentrer suffisamment d’énergie pour sociabiliser, reconstruire un habitacle confortable, sortir de ses habitudes. Mais c’est une aventure beaucoup plus facile à réaliser que de rester.
Le soleil colorie le ciel à l’infini. Vivre à la campagne est mon échappatoire vers le déni. Un arrêt planant dans la prise de conscience. Il en allait de ma santé ! Depuis quelques mois, lorsque je restais trop longtemps dans une ville supérieure à vingt mille habitants, en pleine urbanisation, ma tête gonflait soudainement et était si lourde que mon cou menaçait de se décrocher. Après que cela me soit arrivé une ou deux fois, j’essaye de faire attention à ce que ma tête reste sur mes épaules. Recoudre un cou nécessite un fil très cher ! Et mettre des trombones n’est pas efficace sur toutes les peaux.
J’éteins la musique car nous arrivons au parking où j’aime me garer. C’est un des parkings où le fleuve, le Lot, ne va pas se promener les nuits de tempête. Le Lot n’aime pas les voitures jaunes comme la mienne. Ça lui rappelle de sombres périodes de l’Histoire.
Nous sortons de la voiture et je ne peux m’empêcher de vérifier trois fois sa bonne fermeture avant que nous nous engageons vers nos appartements.
Je
connais
ce
chemin
par
cœur :
D’abord, une remarque sur le bel employé du magasin bio que l’on voit depuis le passage piéton, ou une moue triste s’il n’est pas là. Puis un soupir et du silence, jusqu’à ce que je lui sorte une banalité sur les futurs événements majeurs de notre vie comme : Super, c’est le week-end ! On va pouvoir se reposer ! S’ensuit un pessimisme de sa part basé sur des hypothèses de sommeil ou de procrastination, comme le classique besoin de congés de quatre jours. Une dernière plainte sur le Président et la bise forcée avant de se quitter, parce que « moi j’en ai besoin ! ». Je me plie donc à ce qui semble être la norme ici, tout en doutant de répondre à tous ses besoins affectifs avec mes trois bises sur ses joues.
Heureusement, il me reste le Vieux Pont à traverser, dans le chuchotement du Lot. Je profite de cet instant calme qui termine mon trajet, avant de retrouver les nuisances sonores d’un autre. Mon voisin a la fâcheuse habitude d’être bruyant dans son alcoolisme, mais avec une très bonne ouïe pour autant. Il paraît que le bruit de mes pas en début d’après-midi le dérange. Je marche donc sur la pointe des pieds pour éviter de revoir sa grosse gueule de con.
Je m’offre à mon lit de façon éreintée, comme une prune sur l’herbe en été. Je suis fatiguée de mûrir. Et pourtant ce soir j’ai promis à Moca, Simon, Thildée, Camelle et les autres de sortir boire un verre avec eux. Mon amour inconditionnel pour ces belles personnes me donne l’énergie de sortir. Mon amour inconditionnel pour la bière également. Chacune de nos retrouvailles est un doux Vertigo. Un moment de confiance et de sécurité, où les dangers n’existent pas. Une espèce de laisser-aller d’angoissée.
Moca, il me donne mal au ventre. Quand je le vois, je perds tous mes moyens même si son regard est doux. Evidemment, je ne peux pas lui dire que je l’aime avec mes intestins. Surtout que ma tête doit y être pour quelque chose. Est-on sûr que le cœur est dans la poitrine ?
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