AGITATION FRITE 2 : LA VIE EST LÀ
Agitation Frite 1, Témoignages de l’underground français est donc sorti chez Lenka lente, mais déjà épuisé (il sera peut-être réédité pour les 50 ans de Mai 68, qui sait ?). Un second volume est en préparation (un troisième également, de plus de 350 “chroniques” celui-là). La forme en est la même : une quarantaine d’entretiens dont la plupart, cette fois, sont inédits. On en trouvera ici des extraits, régulièrement. Par exemple, David Fenech (deuxième entretien : dix disques d’ici, marquants).
MAMA BÉA TIEKELSKI, Pour un bébé-robot…
Le premier disque français « un peu bizarre » que j’ai pu écouter. Mon père aimait le jouer à fort volume, lorsque j’étais enfant : ça marque ! Mama Béa chante avec une voix rocailleuse, parfois effrayante. Le chant d’une sorcière, d’une révoltée. Plus tard j’ai découvert la voix de Colette Magny : même effet ! Une force intense, un amour immédiat.
JOSEPH RACAILLE / PATRICK PORTELLA, Les Flots bleus
C’est par ce disque que j’ai découvert « la musica de Racaille » comme ils aiment à dire sur le LP Barricade 3, du groupe ZNR. L’album est visuellement intriguant, avec ses autocollants « Vu à la TV », « Le Disque de vos vacances » – et franchement c’est excellent. Très français, de la famille des Boris Vian, Serge Gainsbourg, Boby Lapointe. Mais aussi très underground et finalement radicalement différent de tout ce qu’on connait de la chanson française. Rares sont mes amis qui ont pu écouter le disque tellement celui ci est peu diffusé. Imaginez : une collection de chansons miniatures surréalistes avec parties de piano entêtantes et harmonies de clarinette de Patrick Portella. Dans la famille ZNR, j’aime aussi les albums d’Hector Zazou (La Perversita, en particulier).
JACQUES THOLLOT, Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer
Dès les premières notes, qui se mettent à fuser comme un piano mécanique devenu fou (on peut penser à Conlon Nancarrow), le disque de Jacques Thollot m’accroche. Immédiatement. Cet album est un pur chef-d’œuvre d’art total, au-delà des genres, en pleine liberté. J’ai eu la grande joie de rencontrer Jacques Thollot : il venait écouter notre trio avec Jac Berrocal et Vincent Epplay dès que l’on jouait à Paris, et c’était un homme charmant, malicieux et spontané. Le son de sa voix me manque.
KLIMPEREI, Tout seul sur la plage en hiver
Le premier CD de Klimperei, qui était à l’époque un duo, et c’est toujours mon préféré. Je l’ai acheté par correspondance, via le catalogue du distributeur AYAA. Je considère Christophe Petchanatz comme un immense mélodiste. Savoir écrire une belle mélodie est un art mystérieux, que peu de musiciens maîtrisent. L’album a été enregistré avec des moyens relativement rudimentaires : tout tient à un fil, et il se dégage de ces lignes de piano (Klimperei signifie « pianotage » en allemand) comme un parfum faussement enfantin, un souvenir lointain. Le plaisir de jouer, tout simplement. Christophe est devenu mon ami, et nous adorons jouer ensemble.
DOMINIQUE GRIMAUD + VÉRONIQUE VILHET, AAHH!!
Le duo du multi-instrumentiste Dominique Grimaud (alias Grimo) et de sa femme Véronique Vilhet (à la batterie). J’ai découvert la musique de Grimo avec Vidéo-Aventures, il y a bien longtemps, et sa musique, depuis, a évolué vers une forme sans artifices, à la limite de l'austérité. Mais que l’on ne s’y trompe pas : c’est surtout un désir de musique simple. Le plaisir du son, doublé d’une forme de transe. Pour la petite histoire, j’ai participé à la mise en son de ce 33 tours.
LUC FERRARI, Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps
Luc Ferrari est un musicien un peu à part. À mon avis, ce disque comprend une sélection de ses plus belles pièces. Il s’ouvre sur la « Petite symphonie intuitive » enregistrée sur le Causse Méjean. C’est un voyage par l’écoute, avec des sons électroniques qui sonnent comme des flûtes, à moins que ce ne soit des flûtes qui sonnent comme un synthétiseur. La perte de repères est immédiate, et on entre dans la musique comme on se baigne dans un lac de montagne. Arrivent alors les sons « anecdotiques », toujours évocateurs. La vie est là..., ..., ...