Je viens de finir Le silence de Dennis Lehane et je vous livre mes impressions Ă chaud.
Jâai trouvĂ© que câĂ©tait vraiment super bien Ă©crit. Câest vraiment le point principal, crucial, cette voix qui vous prend par lâoreille et ne vous lĂąche plus et dans laquelle tout sonne juste.
Lâhistoire est horrible, digne dâun polar quoi. Du racisme, de la drogue, des meurtres, des bagarres, la mafia irlandaiseâŠ
Pourtant, lâhistoire racontĂ©e est diablement intĂ©ressante, car Ă travers le parcours de lâĂ©migrĂ©e irlandaise Mary Pat, qui habite un quartier irlandais de Boston et voit sa fille disparaĂźtre le mĂȘme soir quâun jeune noir, Ă©garĂ© Ă proximitĂ©, on voit, EN MĂME TEMPS, un trajet Ă la « Kill Bill », assez jubilatoire quoique trĂšs violent, et une conscience qui sâĂ©veille.
Car, au dĂ©but du roman, Mary Pat et sa fille, comme tout le quartier, sont « tranquillement racistes »et voient dâun mauvais Ćil la dĂ©sĂ©grĂ©gation prĂ©vue par le gouvernement qui veut mĂȘler Ă©lĂšves noirs Ă un collĂšge blanc et inversement. Mary Pat nâa jamais trop rĂ©flĂ©chi, ce nâest pas vraiment une cĂ©rĂ©brale. Elle a incubĂ© les prĂ©jugĂ©s qui se refilent de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration. Ce nâest pas la pire, mais ce nâest pas la plus Ă©clairĂ©e non plus. Elle est donc aussi raciste que sa voisine etc. Elle a encaissĂ© des coups durs, perdu un enfant ravagĂ© par la drogue qui alimente les caisses de la mafia irlandaise. Elle a bien une collĂšgue noire quâelle apprĂ©cie mais nâa jamais trop rĂ©flĂ©chi Ă la question. Elle subit la mafia irlandaise qui rĂšgne sur le quartier. Elle en attend de la protection.
Mais dĂšs que sa fille Jules disparaĂźt, elle se rend compte quâelle sâest appuyĂ©e sur du vent. Lâaide nâest pas Ă la hauteur, voire pire. Et le jeune noir retrouvĂ© mort, lui, est le fils de sa collĂšgue. Ces deux disparitions vont rĂ©sonner en elle, et dâailleurs, il sâavĂšre quâelles sont Ă©trangement liĂ©es.
Quand son monde sâeffondre progressivement, elle passe Ă lâaction, rĂ©solument, sans peur, avec dĂ©termination. Mais ça la force aussi Ă reconsidĂ©rer sa vision des choses. Et cette mutation, intime et interne est assez bouleversante, mĂȘme si Mary Pat reste un personnage tout autant flippant quâattachant.
Bref, un livre qui dépote, et qui se dévore.



















