Chercher noise : Cinq questions Ă domlebo (2012)
CrĂ©dit photo : Toma IczkovitsÂ
 Mon entrevue avec domlebo publiée par Bang Bang il y a déjà 10 ans!
Pour la crĂ©ation de son deuxiĂšme album solo, Chercher noise, domlebo a eu lâidĂ©e originale de faire Ă©quipe avec pas moins de 37 artistes invitĂ©s pour une sĂ©rie de sessions de quatre heures lors desquelles ils dĂ©velopperaient ses nouvelles chansons ensemble, pour ensuite les enregistrer live avec Dany Placard, directeur musical du projet. Tout ce processus a Ă©tĂ© filmĂ© et en est rĂ©sultĂ© un film, rĂ©alisĂ© par Daniel Robillard et StĂ©phan Doe (yellowtable).
domlebo a gentiment acceptĂ© de rĂ©pondre Ă quelques questions Ă propos de son projet. Chercher noise, pour toi, câest chercher le trouble ou chercher « le noise » comme Neil Young?
Chercher noise câest exactement ça: les deux. De provoquer les rencontres, les face-Ă -face, les Ă©changes et les batailles, que ce soit avec les invitĂ©s ou les Ă©lĂ©ments ou dĂ©jĂ , dĂšs le dĂ©but du projet, entre Dany Placard (le directeur musical) et moi. Câest aussi de rechercher, essayer, dĂ©couvrir et faire des choix sur comment la chanson sera livrĂ©e: son intention, son instrumentation, sa structure, etc.
Jâai toujours adorĂ© cette expression oĂč on a naturellement envie de prononcer «noise» Ă lâanglaise.
Ton projet comprend un disque accompagnĂ© dâun film â ou est-ce plutĂŽt un film accompagnĂ© dâun disque? Le projet câest vraiment le film et ce que le film raconte, câest le projet. Le projet de monter 10 nouvelles chansons avec un paquet de monde dans 10 lieux diffĂ©rents, avec 4 heures devant nous Ă chaque fois et seulement 6 pistes pour les enregistrer. Que le tout soit documentĂ©. Que ça devienne un film. Quâil soit projetĂ©, quâil voyage librement, quâon joue avec ensuite, quâil ouvre des portes.
Câest Ă©vident quâon souhaitait avoir une super bande originale (ou trame sonore) au final. Ăa aurait pu ĂȘtre catastrophique (ça nâa pas toujours Ă©tĂ© facile soit dit en passant) et nous donner juste 5-6 bonnes tounes; nous nâaurions pas eu un disque trĂšs trĂšs fort. Ăa faisait absolument partie des risques. On sâen est assez bien sorti. Dany a fait quelques miracles aussi.
AprĂšs lâaventure plus solo que solo de Grand naĂŻf, oĂč tu faisais tout, comment sâest dĂ©roulĂ©e pour toi cette aventure de collaboration Ă©pique avec deux cinĂ©astes (Daniel Robillard et StĂ©phan Doe), un directeur musical (Dany Placard) et pas moins de 37 musiciens invitĂ©s?
Je suis content que tu ramĂšnes les gars de yellowtable (Daniel et StĂ©phan) dans le portrait: jâai eu Ă chercher noise avec eux aussi pendant pas loin de 15 mois. Comment ça a Ă©tĂ©? Relativement bien. Câest-Ă -dire que je me suis donnĂ© en moyenne Ă 60 heures par semaine pendant je ne sais combien de temps⊠Des milliers de courriels et de tĂ©lĂ©phones, de la coordination et des pâtits bouts de papier qui se dĂ©placent sur un tableau de liĂšge, des rencontres, beaucoup de rencontres.
Jâadore jouer avec les autres, organiser, partager et monter des affaires folles. En ce moment, nous montons un cabaret qui sâappelle «pour un printemps quĂ©bĂ©cois» pour le 21 avril, la veille du 22 et de sa manifestation. Comme pour Chercher noise quand tu choisis les gens avec qui tu veux travailler, quâils sont fins, gĂ©nĂ©reux, ouverts et quâils veulent aller dans le mĂȘme sens, tu rĂ©alises des trucs fantastiques, vis des expĂ©riences humaines marquantes Ă jamais et les heures, les problĂšmes et les petites et grandes dĂ©ceptions ne comptent plus.
Je ne me suis donc presque pas «pogné» avec Daniel et StĂ©phan. Nous voulions si fort fabriquer de quoi de beau, dâintĂ©ressant, dâunique, de quoi qui nâexiste pas. Nous nous sommes bien mis au clair ce quâon aimait et aimait pas, toujours parlĂ© franchement et appuyĂ© les uns les autres. Rendu au montage, ils ont fait Ă leur tĂȘte, câest leur film et câest pour ça que câest bon et que câest crĂ©dible: ce nâest pas moi le documentariste.
Est-ce que le fait que le film Chercher noise ait Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ© pour ĂȘtre prĂ©sentĂ© lors de la 30Ăšme Ă©dition du Festival international du film sur lâart est en quelque sorte une validation de ta dĂ©marche artistique?
Je ne sais pas si ça vient valider ma dĂ©marche ou la qualitĂ© de mes chansons ou quoi que ce soit par rapport Ă moi. Je sais par contre que ça vient dire: âheille, votre film est bon les gars, et câest un film dâart sur lâart.â Ăa vient dire Ă tout le monde que ce nâest pas quâun documentaire ou encore une suite de clips; câest lâoeuvre et son «making-of» Ă la fois.
AprĂšs le film et le disque, jâimagine que la prochaine Ă©tape logique est le spectacle? Quelle forme pourrait prendre Chercher noise sur scĂšne? EspĂšres-tu rĂ©unir tous les musiciens avec qui tu as collaborĂ©s en spectacle au moins une fois?
Je te disais que jâaimais organiser des choses avec beaucoup trop de monde⊠Jâai reçu un beau coup de tĂ©lĂ©phone dâun certain festival montrĂ©alais de chansons francophones. On mâa dit: âdomlebo, aimerais-tu ça prĂ©senter Chercher noise sur scĂšne et inviter pas mal de monde?â
Moi, je suis parti en peur comme on dit et jâai carrĂ©ment invitĂ© les 37 artistes du film. Plus dâune vingtaine ont dĂ©jĂ super confirmĂ©. Comme si ce nâĂ©tait pas assez de les avoir sur scĂšne pour la piĂšce Ă laquelle ils ont participĂ© dans le film, jâai le front de leur offrir de participer Ă une autre, de leur choix. Joyeux bordel! Placard sera assis avec sa grosse guitare Gretsh et aura carte blanche; il jouera oĂč il veut, pourra se lever et partir, etc. Je vais TELLEMENT mâamuser.
Chercher noise est une âbibitteâ qui doit Ă©voluer, qui nâa pas de version finale, mĂȘme si le film est montĂ© et que la bande originale est sortie. On a le droit sinon le devoir dâaller plus loin avec, de le dĂ©molir, mĂ©langer ses morceaux et le reconstruire. Une boĂźte de blocs LEGO pour voyager Ă lâinfini.


















