Avec la bĂ©nĂ©diction du pape, les maires du palais ont usurpĂ© le trĂŽne aux derniers MĂ©rovingiens, « les rois fainĂ©ants ». PĂ©pin III, dit le Bref devenu roi des Francs en 751, parvient Ă restaurer lâunitĂ© du royaume. Avec la reine Bertrade « Berthe au Grand Pied », la fille du comte de Laon, un puissant seigneur de lâĂ©poque, PĂ©pin a deux fils : Charles et Carloman. TrĂšs vite lâaĂźné Charles sâimpose et annonce son style, il se fera appeler « le Grand », et deviendra lâun des plus grands souverains de France qui marqua toute la pĂ©riode du Haut Moyen Ăge.
La lutte des deux frĂšres
A la mort du roi franc en 768, les premiĂšres difficultĂ©s apparaissent, les deux frĂšres, Carloman et Charles ne sâentendent guĂšre, le partage Ă©tait dĂšs lors prometteur de discorde. Selon les vĆux de PĂ©pin:
Charles obtenait lâAustrasie et le Nord de la Neustrie, il se fit sacrer roi Ă Noyon.
Carloman obtenait le Sud de la Neustrie, la Bourgogne et la Provence, il siégeait à Soissons.
En 769, lâAquitaine se rĂ©volte, Charles demande lâaide de son frĂšre, qui lui refuse. Charles prend alors la poursuite du duc dâAquitaine et parvient Ă rĂ©tablir lâordre en menaçant les Gascons (Basques) qui lui livrent finalement le duc rebelle. Mais en 770, câest la Lombardie qui apparaĂźt plus menaçante, la veuve de PĂ©pin, Bertrade organise un mariage entre Charles et DĂ©sirĂ©e la fille du roi des Lombards. Mais les deux frĂšres ne sâentendent toujours pas, et câest finalement la mort de Carloman en 771 qui va tout changer. Charles destitue lâhĂ©ritage de ses neveux qui sâenfuient avec Gerberge, la femme de Carloman, vers la cour lombarde (Gerberge est la fille du roi lombard). Charles est dĂ©sormais roi unique des Francs.
La conquĂȘte de la Lombardie
Les relations entre Didier, le roi des Lombards et le jeune roi franc se dĂ©gradĂšrent trĂšs vite, Charles avait rĂ©pudiĂ© DĂ©sirĂ©e qui Ă©tait trĂšs laide. Le pape Adrien Ier se rĂ©jouissait de cette opportunitĂ©, comme lâavait fait son prĂ©dĂ©cesseur, il demanda de lâaide auprĂšs du roi franc. Charles avait un grand intĂ©rĂȘt Ă soumettre les Lombards, menace constante, dâautant que leur roi Didier voulait rĂ©habiliter les fils de Carloman, rĂ©fugiĂ©s Ă sa cour, sur le royaume franc. Charles traversa alors les Alpes avec son armĂ©e, dĂ©fit les Lombards qui se rĂ©fugiĂšrent dans la ville de Pavie, capitale du royaume. En 774, la ville tombe et Charles prit le titre de « roi des Francs et des Lombards », il fit alors son entrĂ©e triomphale dans la capitale coiffĂ© de la cĂ©lĂšbre couronne de fer, dont le fermoir, selon la lĂ©gende, a Ă©tĂ© forgĂ© avec un clou de la Vraie Croix du Christ.
Les Saxons, des adversaires irréductibles
Tout au long de son rĂšgne, les difficultĂ©s les plus consĂ©quentes auxquelles Charles devra faire face sont liĂ©es aux Saxons, un peuple paĂŻen aussi irrĂ©ductible face Ă lâĂ©pĂ©e quâĂ lâappel de lâĂvangile, qui vivait sur les territoires devenus aujourdâhui les Flandres et la Lorraine en plus de leur terre dâorigine la Saxe, lâactuelle Allemagne. Il fallut Ă Â Charlemagne (du latin Carolus Magnus, Charles le Grand) prĂšs dâun quart de siĂšcle pour les soumettre totalement. Les Saxons, qui avaient promis des concessions, profitĂšrent de la campagne de Lombardie pour se rĂ©volter de nouveau. Mais les Saxons sont de nouveau battus et promettent finalement leur conversion au christianisme, Charlemagne rentre avec son lot dâotages saxons. MalgrĂ© tout, les rĂ©voltes nâen continuĂšrent pas moinsâŠ
Charlemagne en campagne contre les Maures
Depuis prĂšs dâun siĂšcle, la chrĂ©tientĂ© se voyait menacĂ© par les Maures qui occupaient encore toute lâEspagne. Pour le pape, comme tous les chrĂ©tiens, il revenait Ă Â Charlemagne de se dĂ©fendre contre ce danger permanent. Charlemagne nâavait pas lâintention de conquĂ©rir lâEspagne, il avait conscience du dĂ©calage Ă©conomique et culturel des deux mondes, de plus il admirait la civilisation islamique, trĂšs avancĂ©e sur le commerce, lâartisanat, les sciences et les arts. Toujours est-il que Charlemagne envahit la Catalogne et pris la ville de Pampelune. Puis le gros de lâarmĂ©e se replia pour rejoindre la Germanie, car les Saxons sâĂ©taient de nouveau rebellĂ©s. LâarriĂšre-garde qui protĂ©geait le repli sâengagea alors dans les vallĂ©es pyrĂ©nĂ©ennes. Elle Ă©tait commandĂ©e par Roland, comte de Bretagne, un valeureux guerrier trĂšs aimĂ© de Charlemagne. Le 15 aoĂ»t 778, comme elle se trouvait dans lâĂ©troit passage du col de Roncevaux, les Gascons (Basques) dĂ©valĂšrent du haut des montagnes et massacrĂšrent la troupe franque. « Ce cruel revers, nous dit un chroniqueur du temps, effaça presque entiĂšrement dans le cĆur du roi la joie des succĂšs quâil avait eus en Espagne. » Cet Ă©vĂ©nement devint le fait dâarmes le plus connu du rĂšgne grĂące Ă un grand poĂšme Ă©crit vers la fin du Xe siĂšcle, la Chanson de Roland. Charlemagne se contenta dĂšs lors dâoccuper des places fortes en Catalogne.
Ce paragraphe dĂ©crit lâhistoire du poĂšme Ă©pique rĂ©digĂ© Ă la fin du XIe siĂšcle (dĂ©but des Croisades) oĂč les Basques de Roncevaux ont Ă©tĂ© remplacĂ©s par des Sarrasins. Ganelon le beau-pĂšre de Roland, dĂ©sireux de se venger de celui-ci ainsi que des onze pairs qui lui vouent un vĂ©ritable culte, sâentretient avec Marsile, un roi sarrasin, et lui donne toutes les informations qui permettront dâexterminer lâarriĂšre-garde de Charlemagne. Roland est nommĂ© Ă la tĂȘte de cette arriĂšre-garde, avec ses onze pairs dont Olivier, comte de GenĂšve et meilleur ami de Roland. Charlemagne a dĂšs lors un sombre pressentiment. Marsile a rĂ©uni 400 000 hommes, qui se rue sur les 20 000 Francs, enclavĂ©s dans le col de Roncevaux. Par fiertĂ©, Roland refuse alors de sonner lâolifant (cor) pour rappeler Charlemagne. La premiĂšre vague de Sarrasins (100 000 hommes) est contrĂ©e et exterminĂ©e. Mais au bout du cinquiĂšme assaut, les Francs ne sont plus que 60. Roland se dĂ©cide alors Ă sonner de lâolifant, Charlemagne lâentend mais Ganelon le dissuade dâen prendre compte. La bataille continue, Roland tranche la main de Marsile qui sâenfuit. Olivier mortellement blessĂ© meurt dans les bras de Roland. Roland reste seul avec son ami Turpin qui sont soudain assaillis par 400 sarrasins qui les criblent de flĂšches avant de sâenfuir. Mourant Roland tente en vain de briser son Ă©pĂ©e, la vaillante Durandal, qui brise un roc. Roland se couche alors le visage tournĂ© vers lâEspagne et sâen remet Ă Dieu. Charlemagne trĂšs affectĂ© condamne le traĂźtre Ganelon, symbole de la fĂ©lonie. La fiancĂ©e de Roland, Aude, meurt de chagrin. Le poĂšme fait une grande part au merveilleux chrĂ©tien et Ă lâamour des preux chevaliers pour la « douce France »
Olifant, dit le Cor de Roland
Des difficultés en Germanie
Les intraitables saxons se sont de nouveau soulevĂ©s, ils ont ravagĂ© le territoire franc jusquâĂ la Moselle. Charlemagne organise donc une sĂ©vĂšre rĂ©pression. Mais les rĂ©voltes nâen continuĂšrent pas moins. En 782, un chef saxon, Widukind, rĂ©ussit Ă dĂ©cimer une armĂ©e saxonne ralliĂ©e aux Francs et Ă se rĂ©fugier ensuite en territoire danois. Charlemagne avait la ferme intention dâannexer la Saxe Ă sa couronne, mais pour ce faire il devait faire plier les Saxons. Chose qui devient moins aisĂ©e Ă mesure que les paĂŻens appliquaient les tactiques militaires chrĂ©tiennes. Par reprĂ©sailles, Charles dĂ©cida de se livrer Ă un Ă©pouvantable massacre, prĂšs de Verdun, ce sont 4 500 Saxons qui furent exĂ©cutĂ©s, femmes et enfants ne furent Ă©pargnĂ©s.
Les conquĂȘtes en Europe centrale
Le soulĂšvement des Saxons encouragea par ailleurs le duc de BaviĂšre, Tassilon III qui, en 779, refusa de reconnaĂźtre la souverainetĂ© franque et fut sur le point de semer le trouble dans toute la partie Sud de la Germanie occupĂ©e par les Francs. Mais abandonnĂ© par ses sujets, Tassilon est finalement battu et emprisonnĂ©. La BaviĂšre est ainsi intĂ©grĂ©e au royaume en 788. Charlemagne confisqua les biens immenses de Tassilon, qui Ă©tait considĂ©rĂ© comme « lâhomme le plus riche de lâEmpire », plus que Charlemagne lui-mĂȘme qui de surcroĂźt, nâa jamais eu de fortune personnelle et fut un des premiers rois de lâĂ©poque mĂ©diĂ©vale Ă distinguer le TrĂ©sor Royal et ses biens propres.
Puis, aprĂšs la BaviĂšre, Charles affronta les Avars, une peuplade belliqueuse dâorigine mongole, comme les Huns, qui Ă©tait Ă©tablie en Pannonie (actuelle Hongrie). La guerre contre les Avars fut sans pitiĂ©. Charlemagne rĂ©pondit Ă la fĂ©rocitĂ© de lâennemi par une fĂ©rocitĂ© Ă©gale. Lâaffrontement se termina par la prise du camp royal avar par PĂ©pin, le fils de Charlemagne. Leurs terres furent placĂ©es sous le contrĂŽle des Francs, puis christianisĂ©s. Un traitement analogue fut rĂ©servĂ© aux Slaves de BohĂšme. A la suite de ces conquĂȘtes, les territoires de Germanie, de Hongrie, de BohĂšme et dâune partie de la Yougoslavie furent arrachĂ©s Ă lâemprise barbare.
Les relations entre Charlemagne et le pape Adrien Ier nâĂ©taient pas si exemplaires, la Toscane et toute lâItalie du Sud Ă©tait promise au pape, mais le souverain franc prĂ©fĂ©rait imposer sa propre domination sur lâItalie. LâindĂ©pendance des Ătats du pape Ă©tait de plus en plus fictive. MalgrĂ© tout, Charles est soucieux de sa construction politique, et il sait que le facteur religieux est essentiel. Aussi, lorsque le nouveau pape LĂ©on III est emprisonnĂ© en 799 et rouĂ© de coups par des nobles qui lâaccusent dâimmoralitĂ©, Charlemagne intervient et assure le retour du pape Ă Rome sous bonne escorte. En remerciement de service rendu, notamment contre les Lombards, Charlemagne prend le titre inĂ©dit dâ« Empereur des Romains ».
La cĂ©rĂ©monie se dĂ©roule Ă la basilique Saint-Pierre de Rome le 25 dĂ©cembre 800. Il se prĂ©sente de façon symbolique en continuateur lointain de lâempire romain dâOccident. Câest ainsi quâil arbore comme emblĂšme lâaigle monocĂ©phale.
Sacre de Charlemagne par le pape Leon III
La conquĂȘte de la Germanie
La tĂąche la plus ardue pour Charlemagne était de soumettre dĂ©finitivement les Saxons afin de rattacher la Germanie Ă lâEmpire, et de la pacifier. En 785, le chef barbare, Widukind, tombe malade, il fut alors obligĂ© de cĂ©der son commandement. DĂšs lors les campagnes saxonnes ne furent plus aussi dures ni aussi laborieuses pour les Francs qui finirent par gagner en 799. Mais guĂ©rillas, rĂ©pressions et dĂ©portations en masse reprirent et ne sâachevĂšrent quâen 804. cette annĂ©e-lĂ , Charlemagne eut recours aux grands moyens, en dĂ©cidant que « tout Saxon non baptisĂ© et qui refusera de lâĂȘtre serait puni de la peine de mort ». De plus, il dĂ©porta toute la population saxonne rĂ©sidant entre les deux fleuves de lâElbe et de la Weser. A mesure quâelle Ă©tait pacifiĂ©e, la Germanie fut divisĂ©e en marches (zones de dĂ©fense) dirigĂ©es par des chefs francs.
Lâorganisation de lâEmpire
Au dĂ©but du IXe siĂšcle, lâĂtat franc reprĂ©sentait dĂ©jĂ un vaste Empire et ses frontiĂšres Ă©taient fortement consolidĂ©es. AprĂšs le couronnement de Charlemagne, le centre de gravitĂ© de lâEmpire se dĂ©plaça vers lâEst, câest-Ă -dire au dĂ©triment de la France et au bĂ©nĂ©fice de lâAllemagne. La capitale fut instaurĂ©e Ă Aachen, ville germanique connu sous le nom de « Aix-la-Chapelle ». Charlemagne apprĂ©ciait les eaux thermales de cette ville, qui lui permettaient de soigner sa goutte et ses rhumatismes. Lâannonce du couronnement ne pouvait plaire Ă Constantinople qui vit en Charlemagne un usurpateur. LâEmpire byzantin, devant la dĂ©monstration de puissance affichĂ©e, sâorienta vers des transactions entre les deux empires, et celles-ci se mirent en place. Pendant un moment, on pensa marier lâEmpereur dâOccident, Ă IrĂšne, lâimpĂ©ratrice souveraine dâOrient, le plan ne pĂ»t aboutir. A cette Ă©poque, il y a trois empires rivaux : lâempire carolingien, lâempire byzantin et lâempire arabe. Ce nouveau monde, en raison de lâantagonisme religieux ne pouvait tirer profit des relations maritimes entre lâOrient et lâOccident, contrairement au monde romain. DâoĂč la restructuration de lâempire franc qui sâorienta vers une activitĂ© Ă©conomique situĂ©e entre le Rhin et la Meuse, favorisant la future Allemagne.
Homme de guerre, homme de paix
Le portrait de Charlemagne nous est connu grĂące Ă Â Eginhard, un historien contemporain. Grand (il mesurait 1,92 m), fort et vigoureux, Charlemagne inspirait le respect de ses ennemis qui, sur le champ de bataille, craignaient davantage sa force physique que son intelligence tactique. Dâune rĂ©elle bontĂ©, il aimait faire des aumĂŽnes aux pauvres, pouvait Ă©clater en sanglots Ă lâannonce de la mort dâun ami, et vĂ©nĂ©rait sa mĂšre Bertrade, quâil consultait souvent. TrĂšs attachĂ©e Ă sa famille, il ne se sĂ©parait jamais de ses enfants, et fĂ»t mariĂ© Ă quatre reprises. Charlemagne a une grande curiositĂ© dâesprit, il sâinstruit beaucoup pour pallier ses lacunes, il donne ainsi une Ă©ducation complĂšte Ă ses enfants. Mais il fut dâabord et avant tout un guerrier, bien que son but affirmĂ© fĂ»t la paix. ProfondĂ©ment religieux, convaincu que Dieu avait confiĂ© au peuple franc et Ă son souverain la tĂąche de rĂ©pandre et de dĂ©fendre la foi chrĂ©tienne ainsi que les coutumes quâelle apportait avec elle, il passa sa vie Ă combattre les Barbares, du nord au sud de lâEurope. Par le fer et le sang, il rĂ©ussit Ă Ă©tablir un empire chrĂ©tien sur la majeure partie de lâEurope occidentale, au point que les historiens lui attribuĂšrent par la suite le titre de Pater europae, pĂšre de lâEurope moderne.
Lâempereur ne pouvait pas toujours contrĂŽler la maniĂšre dont ses ordres Ă©taient appliquĂ©s. Charlemagne confiait donc les charges sĂ»res Ă des personnes qui Ă©taient « les yeux, les oreilles et la langue du souverain ». CâĂ©taient les missi dominici (envoyĂ©s du maĂźtre). VĂ©ritables inspecteurs gĂ©nĂ©raux du royaume, ils avaient les pleins pouvoirs pour rappeler Ă lâordre comtes et marquis, surveiller le fonctionnement de la justice et de lâĂ©tat des finances. Les missi dominici Ă©taient en gĂ©nĂ©ral au nombre de deux : un religieux et un laĂŻc. Ils avaient pour mission de procĂ©der Ă des enquĂȘtes, de contrĂŽler lâadministration des provinces et de signaler Ă lâempereur les abus quâils avaient pu constater.
Les missi dominici se présentant devant Charlemagne, Bnf
Suivant en cela lâusage des Francs, Charlemagne divisa lâempire en comtĂ©s (il y en a plus de 200 dans lâEmpire) ; aux frontiĂšres, il crĂ©a des marches ou rĂ©gions tampons destinĂ©s Ă protĂ©ger les invasions extĂ©rieures. ComtĂ©s et marches, vivant en relative autonomie, furent confiĂ©s aux plus fidĂšles de ses compagnons (comtes et marquis). Lâempereur leur rendait pĂ©riodiquement visite ; il recevait alors les reprĂ©sentants de la population et les chefs du clergĂ©, contrĂŽlait les comptes, dĂ©cidait des travaux Ă entreprendre. Dans chaque comtĂ© se tenaient rĂ©guliĂšrement des assemblĂ©es provinciales ou plaids (du latin platicium, convention), qui tenaient lieu de cours de justice. Les juges ou Ă©chevins, rĂ©glaient les affaires ordinaires. Mais les jugements les plus importants Ă©taient prononcĂ©s par le comte ou par le tribunal royal.
Plaids généraux et Champ de Mai
Les comtes et marquis se comportaient sur leur territoire comme de vĂ©ritables petits souverains. En rĂ©alitĂ©, ils constituaient les vassaux de lâempereur, qui Ă©tait le propriĂ©taire des terres. Afin de centraliser son pouvoir, Charlemagne rĂ©unissait des plaids gĂ©nĂ©raux (en moyenne trois fois par an). Tous ceux qui comptaient dans lâEmpire Ă©taient conviĂ©s : marquis, comtes, Ă©vĂȘques, abbĂ©s (supĂ©rieurs de monastĂšre)⊠Dans ces rĂ©unions, on dĂ©battait de tous les problĂšmes de lâEmpire, et on instaurait des lois. Les fonctionnaires de lâEmpire les transcrivaient ensuite de façon ordonnĂ©e en divisant le texte en chapitres. RevĂȘtus de la signature et du sceau de Charlemagne, ces chapitres, ou capitulaires étaient rĂ©pandues dans les provinces pour y ĂȘtre appliquĂ©s. Charlemagne tenta ainsi de remplacer les traditionnelles dĂ©cisions orales par des Ă©crits. Le Champ de Mai (appliquĂ© au mois de mai) est un plaid gĂ©nĂ©ral qui rĂšgle les questions militaires.
« L'Empereur à la barbe fleurie »
En prĂȘtant Ă lâempereur une barbe alors quâil Ă©tait vraisemblablement imberbe, les reprĂ©sentations du souverain veulent souligner son autoritĂ© virile. Quand au qualificatif de fleurie, il sâagit dâune mauvaise traduction de « flori », qui signifie blanc en vieux français.
La société carolingienne
Dans lâEmpire carolingien, la guerre avait une importance primordiale : elle Ă©tait tenue pour une activitĂ© normale, presque une nĂ©cessitĂ©. Durant le rĂšgne de Charlemagne, les annĂ©es oĂč il nây eut pas de campagne militaire peuvent mĂȘme se compter sur les doigts dâune seule main. La pĂ©riode des combats Ă©tait situĂ©e entre mai et octobre. Les buts poursuivis Ă©taient divers : remettre Ă sa place un comte rĂ©calcitrant ou traĂźtre, amasser un butin par des raids au delĂ des frontiĂšres et, bien sĂ»r, conquĂ©rir des territoires et christianiser les infidĂšles. De toutes les rĂ©gions de lâEmpire arrivaient des armĂ©es entiĂšres avec armes et bagages, conduites par un comte ou marquis. Lâempereur lui-mĂȘme passait en revue lâarmĂ©e franque. Le Champ de Mai Ă©tait ainsi non seulement une assemblĂ©e de chefs, oĂč se dĂ©cidaient les opĂ©rations militaires Ă venir, mais aussi une occasion de rĂ©affirmer avec Ă©clat lâunitĂ© de lâEmpire autour du souverain et de son armĂ©e.
Les serfs, moteur Ă©conomique : LâĂ©conomie au temps des carolingiens Ă©tait fondĂ©e sur le travail des serfs. Ceux-ci nâĂ©taient pas Ă proprement parler des esclaves, mais des personnes soumises Ă un maĂźtre, qui devaient accomplir la tĂąche quâon leur ordonnait et qui restaient attachĂ©es Ă un domaine. Les villae étaient lâobjet dâune attention particuliĂšre : domaine agricole vivant en autarcie, câest-Ă -dire produisant tout ce qui est nĂ©cessaire Ă la vie de ses habitants, la villa formait lâunitĂ© Ă©conomique de base de lâEmpire.
Le clergĂ©, ciment des peuples : Charlemagne sâappuya tout au long de son rĂšgne, sur lâĂglise. Le christianisme formait le ciment unissant les peuples de lâEmpire, qui nâavaient en commun ni la langue ni les mĆurs. MĂȘme sâil surveilla toujours de trĂšs prĂšs les affaires religieuses, lâempereur donna une place de premier rang aux dignitaires de lâĂglise.
Charlemagne et les Ă©vĂȘques, Bnf
La Renaissance carolingienne
La crĂ©ation dâĂ©coles : Afin de former des administrateurs compĂ©tents, Charlemagne favorisa un renouveau des Ă©tudes, il crĂ©a entre autre lâĂcole du palais, que dirigera Alcuin. AprĂšs de nombreux conciles, Charlemagne rĂ©ussit Ă imposer des rĂ©formes religieuses (rĂ©forme liturgique, discipline dans les abbayes, Ă©criture). Charlemagne sâindignait du style grossier de certains ecclĂ©siastiques, aussi le clergĂ© devait ĂȘtre instruit, dâoĂč la crĂ©ation dâĂ©coles prĂšs dâĂ©glises et de monastĂšres. LâĂglise passa ainsi vers lâeffort dâĂ©ducation du peuple. Dans les monastĂšres, on recopie les Saintes Ăcritures, de façon Ă©lĂ©gante (nouvelle Ă©criture plus ronde : Ă©criture caroline) et dans un latin correct.
Charlemagne, restaurateur des arts et des lettres : Sous lâinfluence de lâart byzantin, les Ă©glises seront dĂ©corĂ©es avec des mosaĂŻques et des fresques. Les reliures des Bibles sâornent de bas-reliefs, on peint aussi des miniatures ou de dĂ©licates enluminures. Reliques et manuscrits sont ainsi dĂ©corĂ©s par de grands orfĂšvres. Les arts et les lettres subissaient une brillante renaissance, la langue latine Ă©tait restaurĂ©e, des personnes brillantes comme Alcuin ou Angilbert relancĂšrent le goĂ»t de la culture antique. Lâarchitecture subit Ă©galement une vĂ©ritable renaissance artistique, inspirĂ©e de lâart romain. Les constructions religieuses connaissent un vĂ©ritable essor, le palais dâAix tĂ©moigne Ă©galement du renouveau de lâarchitecture civile.
Egingard apprit à  Charlemagne à signer de cette façon : une croix comprenant les lettres de Karolus, les consonnes sont aux extrémités, les voyelles situées dans le losange central.
Le monogramme de Charlemagne
AprĂšs la soumission des Saxons en 804, Charlemagne entreprend ses derniĂšres campagnes militaires : contre les Arabes dâEspagne, les Avars ou les Bretons, mais aussi les Slaves, les Sarrasins, les Grecs et les Danois. En 812, lâempereur romain dâOrient Michel Ier reconnaĂźt Charlemagne comme empereur romain dâOccident. Charles pense alors Ă sa succession :
De tous ses fils, lâun PĂ©pin le Bossu avait tentĂ© de le renverser, il fut enfermĂ© dans un monastĂšre.
Charles le Jeune, qui avait reçu lâonction du pape lors du sacre est destinĂ© Ă la succession mais il meurt en 811.
Le second fils de Charlemagne, PĂ©pin Ă©tait roi dâItalie, il se distingua en capturant le trĂ©sor des Avars, « le Ring », il meurt en 810.
Câest alors Louis (le Pieux ou le DĂ©bonnaire) qui succĂ©dera Ă Â Charlemagne, il est sacrĂ© en 813, du vivant de son pĂšre.
Charles était fort et robuste, il ne fut malade que durant les quatre derniĂšres annĂ©es de sa vie, il se mit Ă boiter et Ă souffrir de la fiĂšvre. En 814, il meurt de pleurĂ©sie, il est inhumĂ© Ă la basilique dâAix-la-Chapelle. LâunitĂ© de lâEmpire qui Ă©tait dĂ©jĂ difficile Ă maintenir Ă cause de lâimmensitĂ© dâun territoire sâĂ©tendant de la Baltique Ă lâAdriatique et Ă cause du systĂšme des comtĂ©s et des marches, source de morcellement, put ĂȘtre sauvegardĂ©e aussi longtemps que Charlemagne fut en vie, mais ne devait guĂšre survivre Ă la disparition du « ciment » que reprĂ©sentait son autoritĂ© et son prestige.
Charlemagne. Détail d'une mosaïque de la cathédrale de Strasbourg