Adaptation sonore par l'Atelier Oncléo du "monologue de Lakhdar", au début de la pièce Le cadavre encerclé de Kateb Yacine, suivie d'une intervention d'Oncléo "Gloire à Kateb !"
Kateb Yacine n’est pas un historien. C’est un poète. Le poète comme un boxeur, un guerrier, un stratège. Le poète qui pense et lutte dans la langue et dépouille la pensée stratégique de son uniforme : le contraire du militaire, du bureaucrate et du romantique. Répétons : Kateb Yacine est un poète. C’est donc de l’âme qui pulse, du ventre et du cœur. C’est donc du souffle pour la germination de la matière. Pour cette raison, il sait pénétrer le champ de l’histoire indisciplinée : une histoire du sauvetage des possibilités que l’histoire a escamotées et qu’elle se refuse à elle-même.
Et, en effet, Kateb Yacine fait jaillir le cri des morts de Sétif et d’ailleurs. Prêtons l’oreille et nos entrailles. De cette rue des Vandales du Cadavre encerclé, il a arraché cette voix plurielle de Lakhdar ressuscité : « je dis Nous et je descends dans la terre pour ranimer le corps qui m’appartient à jamais ». Ce corps, c’est la rue assassinée. Ce que vous entendez n’est plus le monologue d’un homme tué pour rien. C’est le polylogue étoilé d’un peuple qui prend des airs d’eucharistie révolutionnaire : « ceci est mon sang », crie la rue par l’entremise de Lakhdar. Et nous répondons avec lui, en lui : « ici est notre rue ! » Nous le ressuscitons. Nous la ressuscitons.
Mais nous ne sommes pas Léviathan et nous ne mangeons pas de cadavres. Laissons-nous plutôt zombifier par ces fantômes sporulants – voilà l’amour. Ils crient à la mort qu’ils veulent vivre : en nous et au-delà – voilà la révolution. Car qu’est-ce d’autre que cette zombification, sinon la réalisation vraiment amoureuse de l’impératif à « faire l’âme monstrueuse » ?


















