@30jourspourecrire - Jour 4
La farandole
J'ai toujours aimé croire qu'il existait un peu de magie, pas celle qui prédit l'avenir mais celle qui fait apparaître une rencontre au détour d'un chemin, celle qui transforme un hasard en souvenir, celle qui nous fait lever les yeux vers les étoiles avec l'impression qu'elles nous murmurent quelque chose.
Je suis Sagittaire, ascendant Gémeaux.
Il paraît que les Sagittaires avancent le cœur tourné vers l'horizon, qu'ils ont besoin de croire qu'il existe toujours une aventure à vivre, une idée à inventer, un ailleurs à découvrir. Les Gémeaux, eux, aiment papillonner, apprendre, rire, créer des liens. Et ma Lune en Vierge, elle, essaie discrètement de remettre de l'ordre dans tout ce bazar, de prendre soin de ceux qu'elle aime, de faire tenir debout un monde qui menace parfois de s'écrouler.
Je ne sais pas si les astres disent vrai mais ils racontent une jolie histoire, une histoire qui ressemble un peu à la femme que j'étais. On me surnomme "Paillette" et parfois même "Licorne". J'aime inventer des choses qui n'existent pas encore. Je préfère les surprises aux habitudes. Je crois profondément qu'il y a toujours une raison de sourire. Je suis celle qui imagine un cadeau sans occasion, qui transforme une journée banale en chasse au trésor, qui crée des jeux, des histoires, des projets un peu fous.
"Je préfère la folie des grandeurs à la sagesse de l'indifférence", et depuis toujours, une phrase m'accompagne. Mais ce n'est pas la seule. "Il n'y a pas de destin, mais ce que nous faisons". Alors non, je ne pense pas que les étoiles écrivent nos vies. Je crois qu'elles nous soufflent simplement que plusieurs chemins existent et c'est à nous de choisir lequel emprunter.
Pourtant… Depuis le début de cette année, la farandole des surprises ne ressemble plus à une danse, ni à une belle farandole.
Elle ressemble à une tempête : le travail ; la séparation ; les papiers ; les pleures déchirants de mon fils lorsqu'il a compris que nous serons plus une famille à trois ; les nuits blanches ; les larmes.
Toutes ces surprises, je ne les avais jamais souhaitées. Avant, j'attendais les imprévus avec impatience. Maintenant, je les redoute. Chaque appel inconnu me fait peur. Chaque notification fait accélérer mon cœur. J'ai l'impression que la prochaine mauvaise nouvelle m'attend toujours au tournant même si j'espère le contraire. Et c'est peut-être ça qui me fait le plus mal. Ce n'est pas seulement de t'avoir perdu, c'est d'avoir perdu cette part de moi qui accueillait la vie les bras ouverts, cette femme qui croyait que l'inattendu cachait forcément quelque chose de merveilleux.
Aujourd'hui, je ne sais plus qui je suis. Je ne suis plus vraiment Paillette. La Licorne s'est cachée quelque part et le rayon de soleil s'est couvert de nuages. Ils ont tous étaient emportés par cette farandole. On continue pourtant de me dire que je suis forte, une guerrière. Je voudrais les croire parce que, moi, je ne vois qu'une femme qui avance en tremblant.
Peut-être que le courage, ce n'est pas d'avancer sans peur ? Peut-être que c'est continuer à danser alors que la musique nous a brisé le cœur ?
Alors j'attends. Pas que les étoiles décident à ma place, pas qu'un miracle efface tout.
Non.
J'attends simplement le jour où la farandole changera de rythme, le jour où, sans m'en rendre compte, je recommencerai à sourire devant un imprévu, à dire "oui" sans réfléchir, à croire de nouveau que la magie existe.
j'imagine qu'elle n'est jamais partie. Elle attend simplement que je retrouve l'envie de lui tendre la main.
Si je m'amuse à écouter les étoiles juste un instant, peut-être pourront-t-elle me souffler quelque chose?
Mon Sagittaire me rappelle que je n'ai jamais cessé de regarder l'horizon, même lorsqu'il est couvert de nuages.
Mon ascendant Gémeaux me murmure que la curiosité finit toujours par reprendre le dessus sur la peur.
Ma Lune en Vierge me rappelle que, même le cœur en miettes, je continue de prendre soin de ceux que j'aime.
Mars en Bélier me pousse à me relever, encore et encore, même lorsque mes jambes tremblent.
Et Jupiter me souffle qu'il existe toujours une autre porte, une autre rencontre, une autre possibilité que je ne vois pas encore.
Alors peut-être que cette farandole n'est pas terminée.
Peut-être qu'elle a simplement changé de musique.
Aujourd'hui, elle est lente, douloureuse, maladroite. Mais j'ai envie de croire qu'un jour, elle retrouvera ses couleurs, que les étoiles ne m'annoncent pas un destin tout tracé, mais me rappellent simplement que je suis faite pour avancer, créer, aimer et recommencer.














