AGASA : Biyogue Bi Ntougou, une gestion scabreuse
Le 8 juillet 2026, Jean Delors Biyogue tenait une ĂniĂšme confĂ©rence de presse Ă Libreville. Pendant ce temps, un de ses dĂ©lĂ©guĂ©s est en prison. Bilan de 568 jours de gestion Ă l'AGASA : tout s'effondre. DB NEWS | DĂ©cryptage | Par la rĂ©daction | 09 juillet 2026 "Je suis aux Champs-ĂlysĂ©es" Le 8 juillet 2026, Ă Libreville, Jean Delors Biyogue Bi Ntougou convoque la presse. Il se dit victime d'un complot. Il accuse son Directeur gĂ©nĂ©ral adjoint, Oscar Sidibi Mapangou, et son Directeur administratif et financier de le dĂ©stabiliser. Il Ă©voque des fuites de documents, une gestion parallĂšle, des millions perdus. Spectacle habituel. Mais ce mĂȘme 8 juillet, une information autrement plus grave circule dans les mĂ©dias gabonais. En pleine tourmente institutionnelle, le DG avait rĂ©pondu Ă une interpellation citoyenne avec une dĂ©sinvolture confondante : il se trouvait en France, logĂ© sur les Champs-ĂlysĂ©es, aux frais du contribuable. Ces quelques mots rĂ©sument une philosophie de gestion. Ils rĂ©vĂšlent, mieux que n'importe quel rapport d'audit, l'Ă©tat d'esprit d'un homme en charge d'une institution publique stratĂ©gique. Il convient de rappeler la trajectoire de cet homme au sein de l'AGASA. Jean Delors Biyogue Bi Ntougou n'est pas un inconnu de la structure. Il en prĂ©sidait dĂ©jĂ le Conseil d'administration depuis au moins le 29 dĂ©cembre 2023, date de la 11Ăšme session ordinaire qu'il dirigeait Ă Libreville. En dĂ©cembre 2024, il franchit un cap supplĂ©mentaire. NommĂ© Directeur gĂ©nĂ©ral par le Conseil des ministres du 19 dĂ©cembre 2024, en remplacement d'Anatole Kabounou Onkoni, il prend ses fonctions effectives le 28 dĂ©cembre. Il connaĂźt donc parfaitement l'institution. Il en a supervisĂ© les travaux du conseil pendant plus d'un an avant d'en prendre les rĂȘnes opĂ©rationnelles. Ce dĂ©tail n'est pas anodin. Il invalide l'argument de la dĂ©couverte tardive des dysfonctionnements. La maison, il la connaissait. Ce qu'il en a fait depuis lors est une autre affaire. Vendre le patrimoine, enrichir le cercle DĂšs sa prise de fonctions effectives, la trajectoire prend une direction prĂ©occupante. Jean Delors Biyogue Bi Ntougou hĂ©rite d'une agence portant une dette de plus de 938 millions de francs CFA, des arriĂ©rĂ©s accumulĂ©s depuis 2021 envers la CNSS et la CNAMGS. La prioritĂ© Ă©tait le redressement. Ce fut l'inverse. Selon des sources internes concordantes, le DG aurait procĂ©dĂ© Ă la cession des quatorze vĂ©hicules qu'il avait trouvĂ©s dans le parc automobile de l'AGASA Ă sa prise de fonctions, sans que les conditions de cette aliĂ©nation ni les bĂ©nĂ©ficiaires ne soient jamais rendus publics. Ces actifs, propriĂ©tĂ© de l'Ătat, ont ainsi quittĂ© le patrimoine de l'agence sans traçabilitĂ© documentĂ©e. ParallĂšlement, sa rĂ©munĂ©ration et celle de ses collaborateurs directs auraient Ă©tĂ© revalorisĂ©es, dans un contexte oĂč la dette sociale demeurait entiĂšre. Des recrutements opaques auraient suivi, intĂ©grant des proches du directeur gĂ©nĂ©ral en dehors de toute procĂ©dure transparente. Le SYNATA avait d'ailleurs dĂ©noncĂ© des actes contraires aux lois et rĂšglements en vigueur, et parlĂ© de pratiques arbitraires et nĂ©potistes sapant la mission rĂ©galienne de l'AGASA, en pointant la crĂ©ation de postes sur mesure dans une institution publique de la 5e RĂ©publique. De nouveaux bureaux auraient Ă©galement Ă©tĂ© louĂ©s Ă des conditions non communiquĂ©es, alourdissant davantage des charges de fonctionnement dĂ©jĂ tendues. Ces actes, non dĂ©mentis Ă ce jour, entrent en contradiction frontale avec le discours de rigueur affichĂ© par un DG qui se prĂ©sente simultanĂ©ment comme un rĂ©formateur. Il ne suffit pas de dĂ©noncer la corruption hĂ©ritĂ©e. Il faut ne pas la reproduire. Adamou Nzamba : l'exfiltration ratĂ©e L'affaire la plus grave survient en juin 2026. Elle rĂ©vĂšle jusqu'oĂč peut aller la logique de protection des proches. Le 23 juin 2026, une procĂ©dure judiciaire est ouverte contre Adamou Nzamba, dĂ©lĂ©guĂ© provincial de l'AGASA dans la Nyanga, poursuivi pour corruption, concussion, extorsion et vol au prĂ©judice de plusieurs opĂ©rateurs Ă©conomiques de Tchibanga. Trois jours plus tard, le 26 juin, Jean Delors Biyogue signe une note d'affectation transfĂ©rant cet agent vers la dĂ©lĂ©gation du Moyen-OgoouĂ©. La chronologie est sans ambiguĂŻtĂ©. Tout porte Ă croire que le Directeur gĂ©nĂ©ral a tentĂ© de soustraire Adamou Nzamba Ă la juridiction provinciale dans laquelle des poursuites pĂ©nales Ă©taient dĂ©jĂ engagĂ©es contre lui. La manĆuvre Ă©choue. Absent lors de sa comparution devant le tribunal de premiĂšre instance de Tchibanga le 23 juin, l'intĂ©ressĂ© est interpellĂ© Ă Libreville, transfĂ©rĂ© dans la Nyanga et placĂ© en dĂ©tention provisoire Ă la prison centrale de Tchibanga le 29 juin 2026. Cet Ă©pisode judiciaire n'est pas isolĂ©. Il s'inscrit dans une logique systĂ©mique. C'est prĂ©cisĂ©ment pour surveiller ce type de pratiques provinciales que le DGA Oscar Sidibi Mapangou et le DAF avaient demandĂ© le rapprochement des bordereaux d'encaissement. RĂ©sultat : ils furent sanctionnĂ©s. Le DGA l'a dit sobrement : la rĂ©pĂ©tition des Ă©pisodes de malversations prĂ©sumĂ©es, Ă huit mois d'intervalle, interroge davantage sur la soliditĂ© rĂ©elle des mĂ©canismes de contrĂŽle interne que sur la bonne foi de quiconque. Des chiffres sans vĂ©rification indĂ©pendante Face Ă l'accumulation des accusations, la direction oppose une seule dĂ©fense : les recettes. Selon le communiquĂ© du 6 juillet 2026, les recettes de l'AGASA sont passĂ©es de 1 941 615 422 FCFA en 2023 Ă 2 439 710 773 FCFA en 2024, puis Ă 2 911 833 785 FCFA en 2025. La direction gĂ©nĂ©rale affirme que les rĂ©sultats du premier semestre 2026 confirment cette trajectoire ascendante. Cette progression est rĂ©elle. Personne ne la conteste formellement. Mais la question posĂ©e n'est pas celle du volume collectĂ©. Elle porte sur la destination rĂ©elle de ces fonds. Les accusations de disparition de carnets d'ordres d'encaissement, formulĂ©es une premiĂšre fois en novembre 2025, ressurgissent Ă l'identique en juillet 2026. En novembre 2025, Jean Delors Biyogue avait affirmĂ© avoir sollicitĂ© plusieurs organismes publics d'investigation financiĂšre et d'audit de l'action publique pour examiner ses comptes et sa gestion, se disant heureux des dĂ©buts de manifestation d'intĂ©rĂȘt enregistrĂ©s. Huit mois plus tard, aucun rapport n'a Ă©tĂ© rendu public. Aucune conclusion d'audit n'a Ă©tĂ© communiquĂ©e Ă l'opinion. Ce silence est plus parlant que n'importe quel communiquĂ©. Afficher une progression de recettes sans soumettre la gestion Ă un contrĂŽleur indĂ©pendant, c'est prĂ©cisĂ©ment ce que font les administrations qui ont quelque chose Ă cacher. La hausse des recettes peut tout autant reflĂ©ter une amĂ©lioration rĂ©elle que l'effet mĂ©canique de tarifs revalorisĂ©s, de volumes accrus d'inspection ou, pis, d'une collecte plus intensive dont une fraction ne parviendrait pas au TrĂ©sor. Sans audit, impossible de trancher L'audit ou le limogeage "Il faut rendre compte de ce que l'on a reçu". Ce principe fondamental de la comptabilitĂ© publique, inscrit dans les cadres de gestion des finances africaines, semble Ă©tranger au patron de l'AGASA. En 568 jours, Jean Delors Biyogue Bi Ntougou aura multipliĂ© les confĂ©rences de presse sans jamais produire un rapport d'audit. Il aura cĂ©dĂ© le patrimoine roulant de l'institution, favorisĂ© des recrutements opaques, protĂ©gĂ© un dĂ©lĂ©guĂ© provincial mis en examen, sanctionnĂ© les cadres qui rĂ©clamaient de la transparence, et animĂ© une ferme Ă trolls numĂ©riques identifiĂ©e par la justice, dans laquelle un proche collaborateur gĂ©rait simultanĂ©ment une trentaine de profils fictifs et le compte officiel du Directeur gĂ©nĂ©ral lui-mĂȘme. Il aura affichĂ© sur les rĂ©seaux une posture de probitĂ© morale tout en se vantant en privĂ© d'ĂȘtre aux Champs-ĂlysĂ©es aux frais du contribuable. Avant lui, Alia Maheva Maganga-Moussavou avait dirigĂ© l'agence de 2019 Ă 2023, puis Anatole Kabounou Onkoni de mars Ă dĂ©cembre 2024. Chaque dĂ©part laissait les mĂȘmes dettes, les mĂȘmes zones d'ombre. Jean Delors Biyogue n'a pas rompu ce cycle. Il l'a amplifiĂ©. Dans son discours sur l'Ă©tat de la nation du 15 juin 2026, le prĂ©sident Oligui Nguema a dĂ©noncĂ© sans ambiguĂŻtĂ© la corruption endĂ©mique, le clientĂ©lisme et une mauvaise gouvernance Ă©rigĂ©e en principe, ainsi qu'un laxisme complice dans la sanction des mauvais gestionnaires des deniers publics. Ces mots valent pour toutes les institutions de la RĂ©publique. Les autoritĂ©s de tutelle sont dĂ©sormais face Ă un choix clair : diligenter un audit indĂ©pendant, public et contradictoire, ou endosser la responsabilitĂ© de ce qui continue de se passer Ă l'AGASA. Comme l'a dit le DGA Oscar Sidibi Mapangou, avec la sobriĂ©tĂ© des militaires : "Les hommes passent. L'administration, elle, reste". DB News, votre source d'information fiable, libre et indĂ©pendante sur l'actualitĂ© africaine et du monde depuis 18 ans. DB News Sources : - DĂ©pĂȘches 241, 8 juillet 2026 â Rififi Ă l'AGASA : Biyogue dans la tourmente, mutation d'un agent visĂ© par une procĂ©dure judiciaire - TopInfosGabon, 8 juillet 2026 â Crise Ă l'AGASA : les agitations puĂ©riles d'un DG perdu - GabonReview, 6 juillet 2026 â La direction dĂ©ment les accusations de malversations - GabonReview, 3 octobre 2025 â L'Agasa, une maison gangrenĂ©e par la corruption - GabonReview, 14 novembre 2025 â Le DG tient Ă l'audit de ses comptes - GabonMediaTime, 1er octobre 2025 â Le SYNATA annonce une grĂšve illimitĂ©e - VXP241, 3 fĂ©vrier 2026 â Diffamation : des agents de l'AGASA devant les tribunaux - Direct Infos Gabon, 7 juillet 2026 â Malversations : un dĂ©menti, des soupçons rĂ©currents - LeConfidentiel.ga, 8 novembre 2024 â Nomination de Jean Delors Biyogue au PCA de l'AGASA - GabonActu, 15 juin 2026 â Discours sur l'Ă©tat de la nation, Oligui Nguema © DB News 2026 â Tous droits rĂ©servĂ©s Read the full article














