Câest la rentrĂ©e, mes Ă©lĂšves me retrouvent comme je les retrouve, le fil virtuel ne sâest visiblement pas rompu, ils sont toujours lĂ , Ă suivre mon modeste enseignement. Heureusement que le rythme scolaire vient rompre le rythme des vacances, non que celles-ci fussent dĂ©sagrĂ©ables, mais parce que dans ce temps diluĂ© qui est le nĂŽtre depuis le dĂ©but du confinement, il est bon de changer de pulsation, dâemploi du temps... Et il faut bien le dire, le maigre contact que je peux avoir avec les Ă©lĂšves me redonne une satisfaction profonde, mais il mâest fort pĂ©nible de ne pas pouvoir retourner dans la salle de classe et de les avoir devant moi. Ce nâest pas que jâai une grande idĂ©e de la qualitĂ© de mon enseignement, mais ĂȘtre en classe avec des Ă©lĂšves me procure une vĂ©ritable et profonde joie. Bien sĂ»r, il y a des moments plus tendus, de grandes dĂ©ceptions (de part et dâautre...), un sentiment de grande solitude parfois, mais tout ceci reste extrĂȘmement marginal en comparaison de lâindicible plaisir dâĂȘtre en classe. Quelle satisfaction de sentir quâon apporte quelque chose Ă des ĂȘtres dont la pensĂ©e se forme et qui vous font confiance ! Quelle joie de voir des esprits sâenrichir, des raisonnements sâaffiner, des jugements devenir plus critiques ! Quelle Ă©motions de partager le plaisir de la connaissance, de susciter la curiositĂ©, dâĂȘtre poussĂ© dans ses retranchements pour Ă©claircir un point obscur, et qui lâĂ©tait peut-ĂȘtre aussi pour soi ! La classe, les classes, les Ă©lĂšves me manquent donc, cette complicitĂ© construite semaine aprĂšs semaine, ces traits dâhumour qui rĂ©veillent une classe tout en faisant travailler la perception du second degrĂ©, la comprĂ©hension de lâimplicite, en un mot lâintelligence. Car le maĂźtre mot est lĂ , câest en travaillant en bonne intelligence avec les Ă©lĂšves quâon les amĂšnent Ă devenir plus intelligents, quelle que soit leur vivacitĂ© dâesprit, leur capacitĂ©s et leur culture... Lâemploi du temps confinĂ© nâest pas lâemploi du temps scolaire et cela commence finalement Ă me peser un peu...