La Vastitude. 27.08.2025
(Fragments dâun ĂȘtre dissous dans lâimmensitĂ©)
Caire, 2h17 â Tramway El Marg
Je respire un air qui me tue. Ce nâest pas lâodeur des corps, ni celle du mĂ©tal rouillĂ©. Câest lâodeur du dĂ©sespoir. Je suis debout, prĂšs de la porte, comme un animal en cage. Je veux que lâair entre, quâil me purifie. Mais quand la porte sâouvre, câest pire. Lâair me vole mes forces. Je descends. Je mâassois sur un banc. Je ferme les yeux. Je veux que mon cĆur ralentisse. Mais ce nâest pas mon cĆur. Câest mon esprit. Il est malade. Il me ment. Il me dit que je suis fort, mais je suis illusion. Je suis rien.
Trinidad, 19h42 â Plage noire
On a bu du vin dans des gobelets en plastique. Les pĂȘches Ă©taient sucrĂ©es. Le feu crĂ©pitait. Je me suis allongĂ©e sur le sable. Le ciel sâest ouvert au-dessus de moi. Jâai pensĂ© Ă Moscou. LĂ -bas, il nây a pas de sable. Pas de vagues. Pas de vastitude. Ici, elle mâĂ©crase. Je suis minuscule. Et pourtant, jâai eu un moment naturel. Un moment avec un grand M. Maintenant, il y en a deux. Je ne sais pas si câest une bĂ©nĂ©diction ou une malĂ©diction.
Constantine, 23h08 â Pont suspendu
Elle est lĂ , droite comme une flĂšche. Moi, je suis affalĂ©, comme un homme brisĂ©. Le vent nous parle. Il nous pousse vers lâeau. Elle me demande si on se noie vite. Je lui dis : pas plus vite quâun insomniaque qui veut dormir. Elle veut ĂȘtre un oiseau. Je lui dis que les oiseaux se noient aussi. Mais eux savent pourquoi ils meurent. Elle me regarde avec ses yeux brĂ»lants. Je ne sais pas si elle veut vivre ou disparaĂźtre. Moi, je suis trop calme. Et ça me fait peur.
Saint-PĂ©tersbourg, 3h03 â Chambre glacĂ©e
Le monde est stupĂ©fiant. MĂȘme dans son indiffĂ©rence. MĂȘme dans sa cruautĂ©. Les Ă©toiles meurent. Les planĂštes sont inconnues. Les plantes souffrent peut-ĂȘtre. Nous avons un billet pour ce théùtre cosmique, mais la piĂšce ne nous attend pas. Deux dates, et câest fini. Et pourtant, je suis lĂ , Ă Ă©crire. Ă contempler. Ă mâĂ©merveiller. Le monde est stupĂ©fiant. Et moi, je suis lĂ , minuscule, mais vivant.
Oran, 4h12 â Banc sur la corniche
Je vois Orion. La Grande Ourse. VĂ©nus. Et enfin, la Lyre. Je souris. Je salue mes vieux amis cĂ©lestes. Demain, je ne serai plus le mĂȘme. Peut-ĂȘtre que je mourrai. Peut-ĂȘtre que je renaĂźtrai. Mais ce soir, je suis lĂ . AllongĂ©. Dissous dans la vastitude. Et pour la premiĂšre fois, je nâai pas peur.
Les-portes-du-sud


















