Aujourdâhui, cela fait dix jours que nous sommes confinĂ©s, dix jours, une dĂ©cade, un âdĂ©camĂ©ronâ, au sens strict du terme... Combien de gens vaillants, en pleine forme il y a dix jours sont Ă prĂ©sent aux portes de lâautre monde ? Combien, aujourdâhui, vont et viennent la peur au ventre ? Ce confinement est la meilleure chose que nous devions faire, il devrait nous donner un sentiment de sĂ©curitĂ©, lâassurance dâune protection, et pourtant, si personne ne succombe encore Ă la panique, il faut bien avouer que la maladie sature notre espace physique et mental : les mĂ©dia, les rĂ©seaux sociaux, les conversations familiales, tĂ©lĂ©phoniques, tout nous y renvoie, en permanence. Le virus fascine, obsĂšde, le monstre est Ă notre porte, un monstre dâautant plus redoutable quâil sâest jouĂ© de notre prĂ©tention scientifique Ă tout maĂźtriser, quâil a fait ressurgir les angoisses et les dĂ©mons enfouis depuis des siĂšcles dans notre inconscient collectif, pour peu que ce terme ait un sens. Les ruĂ©es dans les supermarchĂ©s, les accumulations animales, les craintes irrationnelles sont autant de manifestations dâun retour Ă une relation primaire au monde, dâun retour Ă lââungrundâ, Ă ce qui est plus profond que lâinconscient encore, et chacun cherche alors Ă se fabriquer le nid primordial dâoĂč il pourra renaĂźtre. Sâil est peu certain que les Ă©vĂ©nements que nous vivons changent quoi que ce soit aux futurs fonctionnements socio-Ă©conomico-politiques de notre belle humanitĂ©, ils constituent du moins une expĂ©rience nouvelle, inĂ©dite, perturbante parce que remettant en cause bien des certitudes et des croyances, parce quâimposant une nouveautĂ© radicale dont nos peuples blasĂ©s avaient oubliĂ© jusquâĂ la potentialitĂ©. Nos jours sâĂ©coulent entre attente, crainte et jouissance du confinement, un confinement confortable, terreau dâidĂ©es, de projets, mais jouissance malsaine, coupable, parce que, dehors, derriĂšre notre porte, il y en a qui bravent le monstre, qui le combattent, qui risquent leur vie dans un affrontement Ă©pique, et dâautres quâil a dĂ©jĂ avalĂ©s, que lâon voit tomber froidement sur les dĂ©comptes de nos Ă©crans, mort lointaine et imaginĂ©e, qui rĂŽde pourtant autour de chez nous. Dix jours, dĂ©jĂ ...